Schéma de fonctionnement de la chambre claire de Wollaston. Source : Wikipedia.

L'invention de la pince à linge (« se documenter ») ou les internets, c'est un piège

29/08/16

Écrit par Kateri Lemmens

Je vois l'épingle à linge au moment où mon personnage se penche pour suspendre le drap blanc à la corde, son geste arrêté dans mon effort de visualisation. 

Oui, mais l'épingle à linge? Est-ce qu'elle peut être là, exister, dans sa main, à son époque? Tout s'arrête. 

Je m'en doutais, mais je voulais être certaine. 

Et là, je pars dans la rêverie tissée de mémoires. 

J'ai toujours aimé les cordes à linge. Les draps suspendus. Les vêtements, linges de maison, sous-vêtements, les manières de chacun, chacune, qui obéissent ou désobéissent à la tradition, souvent maternelle. 

Et plus que tout, l'odeur brève du vent dans les vêtements quand on les porte, au début. 

À Béziers, le maire voulait faire interdire la suspension du linge aux fenêtres. 

Je me perds sur la grande toile d'araignée – tout aussi gluante que je suis curieuse.

J'apprends sur ce site, qui cite le New York Times, que la pince à linge est le résultat d'une invraisemblable histoire de sélection darwinienne. Aucun lien avec mon projet de création, mais c'est passionnant. Les planches aussi, le design des dessins.

Je découvre avec passion qu'il existe un vrai grand débat sur la pince à linge.

Même sur Wikipédia, grâce à cet excellent commentaire : « Bonjour, ô wikipédistes endormis. Il est à peine croyable que Wikipédia puisse se présenter comme une encyclopédie alors qu’elle (il ?) n’est pas capable d'indiquer clairement qui est l’inventeur de la pince à linge. »

Ce blogue où on se demande pourquoi autant de recherches sur l'invention de la pince à linge (ça doit être pour les écrivains, cinéastes, peintres qui se demandent : ma scène, est-elle crédible, véridique, aussi vraie qu'inventée – ce mentir-vrai, disait mon cher « parrain » Henri Lopès).

Ou pour perdre son temps dans des recherches, questions, découvertes infinies?

Simultanément, je lis ce Journal d'un écrivain de Martin Page. Ça parle d'écriture, de distraction, d'angoisse, de l'essentiel :

« Quand je dis que je prends des notes pour un nouveau roman, je donne l’impression de travailler, mais c’est avant tout un moyen d’éviter de commencer la rédaction. Les notes retardent le roman, et parfois l’empêchent. C’est une fuite et une mauvaise excuse. »

De quoi ai-je vraiment peur?

Un peu plus loin, Martin Page ajoute : « Une seule chose compte : s’enfermer dans une pièce et se mettre à écrire. »

Et me fait découvrir Flight to Denmark de Duke Jordan. Et me rappelle La valise de mon papa d'Orhan Pamuk, un texte qui me hante et me bouleverse à chaque lecture.

 

Et me relance, comme un impératif, vers l'écriture.

 

Où qu'elle soit encore.

Écrit par Kateri Lemmens

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